Douce angélique

« Si cette plante, avait le mérite d’être étrangère, elle serait aussi précieuse pour nous que le Ginseng l’est chez les Chinois; elle se vendrait au poids de l’or » (Bodart  1810)

Aujourd’hui oubliée de nos jardins et de notre boîte de soins, l’Angélique ou Angelica archangelica à l’odeur musquée et aromatique a constitué à elle seule une panacée aux temps modernes, en particulier lors des grandes épidémies. On raconte qu’en France, quatre bandits ayant concocté une potion à base de plantes médicinales et notamment d’angélique s’en aspergeaient le corps et les mains. Cette décoction, encore appelée de nos jours le vinaigre des quatre voleurs, leur permettait de se prémunir de la peste et de détrousser plus facilement leurs malheureuses victimes.

En 1510, Paracelse, un célèbre médecin de l’époque confirme son importance dans la lutte contre le fléau qui a ravagé alors la ville de Milan. Acquise en des temps bien sombres, la réputation de l’angélique lui permit à la fois d’obtenir une belle place dans les jardins des monastères et auprès des médecins de l’époque comme d’être surnommée l’Herbe aux anges ou l’Herbe du Saint-Esprit. La tradition populaire véhiculait alors que l’archange Gabriel en personne révéla ses propriétés à un ermite.

Mais la célébrité a des hauts et des bas: elle fut bientôt détrônée avec la découverte des nouveaux mondes par ses consœurs exotiques comme le ginseng. Cette comparaison est d’ailleurs largement justifiée tant l’angélique se retrouve dans nombre de recettes aphrodisiaques.

Elle revient néanmoins par à coups dans  les remèdes médicinaux. Ainsi, J.-F. Cazin (XIXième siècle) indique qu’en 1759, un Niçois du nom de Annibal Camoux mourut à l’âge de 121 ans et trois mois. Sa longévité serait dûe aux racines d’angélique qu’il suçait quotidiennement (Divine Angélique, Bernard Bertrand, Editions de Terran).

L’angélique possède de réelles propriétés antibactériennes, apéritives,  sédatives, diurétiques, expectorantes, antiseptiques, antimicrobiennes, antispasmodiques, emménagogues…

Elle est à la fois utilisée en cas d’anémie, d’appétit insuffisant, de digestion, d’insomnies, de migraines, de palpitations, de troubles ORL, de règles douloureuses,… Elle peut venir à bout de certains problèmes de peau et s’utilise en décoction en rinçage après un shampoing pour fortifier les cheveux.

La plante entière peut être consommée: graines, semences, feuilles, tiges et inflorescences.  Néanmoins, contrairement à la plupart des plantes médicinales dont les vertus s’expriment par la dessiccation, les feuilles et fleurs d’angélique perd ses vertus une fois séchées. Raison de plus pour en planter chez soi si on en a l’occasion…

Au niveau des principes actifs, la plante est constituée de tanins, flavonoïdes, d’huile essentielle (citronellol, limonène, terpinéol), de résine et de coumarines. Les coumarines de l’angélique révèlent la toxicité de la plante une fois exposée à la lumière.  Des orties à ses pieds favoriseront la production d’huile essentielle. Attention enfin à ne pas manipuler le suc des tiges qui peuvent occasionner des inflammations de l’épiderme. En d’autres mots, elle est photosensible et provoque des allergies et brûlures au contact de la peau.

Si l’angélique a perdu aujourd’hui ses lettres de noblesse, c’est en partie parce qu’elle a disparu des paysages sauvages. C’est bien dommage car elle mériterait à regagner nos cœurs d’autant que son allure – une taille pouvant atteindre 2 à 3 mètres et de belles inflorescences à l’odeur de miel qui durent tout l’été  – ne manque pas de charme dans un jardin. La plante vit de deux à quatre ans et meurt après la première floraison. Les racines peuvent atteindre l’épaisseur d’un bras et sont gorgées d’un suc laiteux.  La plante est propre à l’Europe du Nord – du Groenland et de de la Scandinavie jusqu’aux montagnes de l’Europe centrale et à la Russie moyenne – et est cultivée dans nos contrées. Il faut chercher plus que d’habitude pour trouver des plants d’angélique officinale. Bon, évidemment,  le goût amer de l’angélique, utilisé seul, peut également facilement rebuter le plus téméraire…

Cet abandon n’est néanmoins pas généralisé à toute l’Europe. En Suède, l’angélique est largement utilisée en pharmacie, elle est également utilisée confite sur les gâteaux de Noël. Les Lapons en mâchent la racine en guise de tabac. En Asie, les espèces d’angélique spécifiques sont également largement utilisées en particulier pour ses propriétés apéritive, digestive et tonique. Au Tibet, l’angélique entre dans la composition d’une mixture aphrodisiaque associant la Mauve, la Cardamome, l’Asperge, la Belle de nuit et la Renouée. En Amérique, les chamans amérindiens se gargarisaient avec une décoction de tige pour entreprendre leurs chants cérémoniels.

L’angélique est souvent associée dans la manufacture de liqueurs en association avec la  sauge, l’achillée, la gentiane,… pour ses propriétés sédative et tonique. Elle est d’ailleurs recommandée aux convalescents, aux personnes souffrant de nervosité ou pour les soucis digestifs.

Pour terminer, voici quelques recettes à faire soi-même pour terminer et vous convaincre définitivement de faire entrer à nouveau cette plante jadis populaire et aux mille vertus, que ce soit dans votre jardin, dans votre assiette ou dans votre tasse ….?

Liqueur digestive

Une liqueur bénéficiant des mêmes vertus que les tisanes et infusions: laisser macérer 4 ou 5 jours 30 g de racine d’angélique dans deux litres de bon cognac et 30 g d’amandes amères mondées et réduites en pâte. Passer ensuite la macération dans un linge et y ajouter 1 litre de sucre. Enfin, filtrer et conserver en flacons

(Recette de Y. Trouard Riolle dans Divine Angélique, Bernard Bertrand, Editions de Terran)

Bain anti-anxiété

Ce bain est à la fois relaxant et fortifiant: faire infuser 500g de feuilles fraîches d’angélique dans deux ou trois litres d’eau bouillante.

Si vous n’avez pas la possibilité de profiter du ‘frais’, faites une décoction avec 250 g de racines séchées dans deux litres d’eau, filtrer au dernier moment et ajouter à l’eau du bain.

Huile calmos

Mettre 200 g de racines fraîches coupées en tronçons dans un  litre d’huile de germe de blé. Faire macérer au soleil pendant trois semaines avant de filtrer et de conserver dans un flacon hermétique. Utiliser le soir en massage relaxant ou pour calmer des douleurs musculaires.

Dopant naturel

Associer 40 g de racines d’angélique, 20 de ginseng , 20 g de feuilles de pissenlit et 20 g de feuilles d’ortie et faire infuser le tout pendant 20 minutes.

Alcool d’angélique digestif

Faire macérer 40 g de racines d’angélique et des grains de genièvre dans un litre de vin rouge pendant 10 jours. Ajouter un sirop réalisé à partir de 400 g de sucre et un demi-litre d’eau puis faire à nouveau macérer pendant 15 jours. Après filtration, à conserver dans des bouteilles hermétiques. Un verre par jour avant les repas.

Ventre zéro-ballon

Luttez contre les soucis digestifs en préparant une décoction de fenouil et d’angélique : dans une casserole, mettre 30 cl d’eau froide, ajoutez 2 cuillerées à soupe de racines sèches ou de graines d’angélique et 1 cuillerée à soupe de graines de fenouil. Porter à ébullition 5 minutes et infuser hors du feu 1/4 d’heure (sous un couvercle). Filtrez et buvez après votre repas.

 

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