Des herbes pour l’apéro …

Une fois n’est pas coutume, parlons alcool. Mais enfin vous me direz … ce n’est pas un blog sur la phytothérapie et les plantes? Si mais c’est aussi et avant tout un site sur la manière de prendre soin de soi dans tous les sens du terme  … et quoi de meilleur qu’un petit verre de temps en temps … Alors je vous parlerai de deux alcools découverts lors de voyages   et qui sont à base de plantes pour la plupart cataloguées de plantes médicinales …

La Bénédictine

C’est au détour d’une escapade sur la côte d’Albâtre que nous avons découvert, ma petite famille et moi le lieu-dit Fécamp. Fécamp est une jolie petite bourgade en bord de mer, flanquée d’un port et très improbable à cet endroit pas vraiment central d’un palais dénommé le Palais Bénédictine : c’est ici qu’Alexandre Le Grand  – pas l’antique Alexandre qui conquit les confins de l’Extrême-Orient – mais Monsieur Alexandre Le Grand, qui mit en production   l’alcool célèbre nommé la Bénédictine dans la seconde moitié du 19ième siècle.

Toute une histoire s’est construite – à vrai dire plutôt une légende autour de cet alcool aux vertus digestives : il aurait été concocté par un moine, Dom Vincelli au 14ième siècle. Cet alcool aurait été d’ailleurs fort apprécié du roi François Ier. Ensuite la recette et l’alcool se perdent dans les méandres du temps pour revenir au 19ième siècle, date à laquelle notre Monsieur Le Grand aurait retrouvé la recette de l’alcool dont il parle comme un élixir de santé. C’est à ce moment précis que le succès fait son apparition pour l’alcool en question.

Si vous préférez les histoires plus terre à terre, admettez donc que Monsieur Le Grand a sans doute rassemblé toute une série d’archives sur les élixirs et liqueurs aux vertus médicinales pour en recomposer un avec l’aide d’un pharmacien … ou d’un herboriste, qui sait?

Dans tous les cas, cet alcool garde encore actuellement ses lettres de noblesse même si on le retrouve davantage dans des cocktails dont le B&B, composé par un barman new-yorkais dans les années 30 et qui a fait fureur dans les pays anglosaxons.

Oui mais tout cela ne nous dit pas quelles sont les fameuses plantes contenues dans la Bénédictine?

Au courant de la visite du Palais Bénédictine, vous pouvez observer toute une série de plantes qui en font partie: la cannelle, le genièvre, le safran, l’angélique, la noix de muscade, l’arnica, la coriandre, l’hysope, le thé,  la girofle, les baies rouges, la myrrhe, la mélisse, la vanille, le macis, l’aloès, le zeste d’orange, le citron et la fleur de sapin. Le miel fait également partie du cocktail détonnant composé de pas moins de 27 plantes. On reconnaîtra entre d’autres les vertus digestives et apéritives de la mélisse et de l’angélique. La recette dans sa totalité est cependant un secret jalousement gardé.

La préparation longtemps distillée donne naissance à quatre alcoolats nommé les esprits qui sont mis en fûts de chêne pendant 8 mois.  Les préparations sont ensuite mélangées à du sucre et du miel , colorées par le safran, chauffées à 55° et puis versées en foudres de chêne. La préparation de la Bénédictine s’étale en tout sur deux ans.

Au courant de la visite, une large explication est ensuite fournie sur le procédé de fabrication dans les caves de distillation où trônent de beaux alambics cuivrés et dont les effluves de plantes à l’alcool vous enivrent déjà.

Sous les combles, vous pouvez admirer toute une série d’affiches dont celles de Alfons Mucha qui font la publicité de la bénédictine. Cet alcool aurait d’ailleurs inspiré nombre d’artistes comme Picasso ou Duchamp.

Une dégustation termine l’expérience très agréable au demeurant quand on apprécie les bonnes choses.

En bref, on peut avoir l’impression avec la Bénédictine  – alcool titré à 40% – d’être devant la création d’une vérité toute relative. Il n’en reste pas moins que le résultat est à la hauteur des attentes quand on aime et qu’on sait repérer le goût des plantes dans les alcools. A ne pas confondre avec de véritables décoctions ou infusions médicinales :), la Bénédictine n’en reste pas moins un alcool aux vertus apéritives et digestives comme beaucoup d’autres alcools.

Si vous aimez le thé vert, je vous invite à réaliser le cocktail DOM Ice Tea: 1/3 de Bénédictine et 2/3 de thé vert glacé. Un vrai délice.

Le genièvre Bols

Amsterdam, ses canaux, ses vélos, ses coffee shops –  non je ne vais pas vous parler de ces plantes-là même si les scientifiques leur accordent enfin de plus en plus de vertus médicales  – et … son musée Bols.

Exit le faux vieux gothique du Palais Bénédictine, le Musée Bols – situé à côté du Rijksmuseum et en face du Musée Van Gogh –  offre une version hyper contemporaine d’un musée, tout en expérience pour ses visiteurs. Leur proposition de visite: see hear touch smell taste enjoy. Le Musée a d’ailleurs reçu le prix design néerlandais.

A son effectif, le Bols compte pas moins de 38 saveurs … dont les baies de genièvre en note de tête.

Ah le genévrier, voici une plante connue pour ses effets thérapeutiques. Pour la petite histoire, sachez que le genévrier a été considéré depuis la nuit des temps et par de nombreuses civilisations comme une planté sacrée. Brûler du genévrier, l’appliquer sur sa demeure constituaient des gestes censé faire fuir les mauvais esprits ou même les envahisseurs. Au Moyen-Age, les baies étaient utilisées comme une panacée – un remède-miracle, nécessaire notamment pour éloigner la peste ou d’autres maladies épidémiques. Le nom ‘juneperus‘ dérive quant à lui du celtique et signifie ‘âpre’ en raison de ses fruits.  Les baies sont généralement utilisées en phytothérapie pour soulager les troubles digestifs et stimuler l’appétit.

Revenons à nos moutons, les baies sont également utilisées en liquoristerie… ce qui nous occupe actuellement…

Le Bols fait partie de la famille des alcools de genièvre qui sont une spécialité des Pays-Bas, de la Belgique et du Nord de la France.  Au départ utilisé comme un remède aux vertus médicinales contenues dans les baies de genièvre (Juniperus communis), leur arôme et leur goût  leur ont ensuite donné une renommée davantage intéressante pour nos papilles gustatives. Le Bols aurait été composé par Franciscus de le Boë, un médecin néerlandais du 17ième siècle. Le Musée Bols avance lui que la première distillation aurait été réalisée beaucoup plus tôt, par Lucas … Bols (1652-1719) , en 1575. La distillerie Bols est d’ailleurs réputée pour être la plus ancienne au monde: elle a commercialisé le Bols dès 1664.

Le Bols, à l’instar des genièvres, est un alcool obtenu par la macération de différentes céréales. Les baies de genévrier et d’autres extraits de plantes  viennent aromatiser la préparation. Une nouvelle recette du Bols est arrivée en 1820 qui se veut être un meilleur équilibre entre le vin de malt, l’alcool de grain et les plantes.

La manufacture du Bols se déroule en quatre temps: la distillation, la percolation, la macération et le mélange. En tant qu’herboriste, ces procédés tous comme les termes utilisés s’inspirent en beaucoup de points de certaines formes de préparation de plantes médicinales:

  • pendant la distillation, les herbes et écorces sont trempées dans de l’alcool et de l’eau. Le mélange est ensuite chauffé jusqu’à ce que le liquide s’évapore et se condense dans l’alambic. Lors de l’évaporation, l’alcool s’extrait et attire les huiles essentielles des herbes, créant ainsi un distillat.
  • la percolation consiste à faire passer de l’alcool au travers d’un filtre recouvert d’herbes ou d’épices: il en résulte la teinture qui reprend l’arôme, la saveur et la couleur des ingrédients
  • la macération est un procédé au courant duquel des herbes sont laissées dans de l’alcool pendant un temps donné.
  • le mélange: les extraits d’arômes sont mélangés avec d’autres ingrédients comme le sucre, l’eau ou l’alcool. S’ensuit enfin le processus de mariage.

Le Bols a également connu un franc succès lors de l’apparition des recettes de cocktails. Le Genièvre Bols se décline d’ailleurs actuellement en 42 arômes qui permettent de réaliser toute une série de cocktails originaux. L’un de mes préférés reste le Bols à la fleur de sureau.

Au milieu de magnifiques alambics cuivrés exposés, la visite se termine par une dégustation très généreuse : vous pouvez choisir à une borne virtuelle la recette du cocktail et deux shots qui séduisent le plus vos papilles. Un bartender prend soin de vous émerveiller par ses tours de passe-passe et ses gestes mesurés.

Si vous souhaitez réitérer l’expérience de chez vous,  Bols vous livre plus de 500 recettes sur son site.

Tout cela vous laisse un goût de trop peu?  Je vous laisse  ces quelques recettes d’alcools aux plantes à réaliser vous -même.

DIY

Vin blanc de sauge

Laisser macérer les feuilles de sauge (une trentaine de préférence fraîchement cueillies) dans un litre de vin blanc bio pendant 8 jours. Boisson très agréable. On peut y ajouter du miel pour adoucir le goût si nécessaire.

Une variante : faire bouillir de 3 à 5 minutes les feuilles de sauge et le vin avec une quinzaine de feuilles de menthe. Ajouter du sirop de sureau. Un régal.

Vin antigrippe

Faire chauffer 1/2 litre de vin rouge: y ajouter 40 g de verveine sèche et 1/4 cuillère à café de gingembre ou deux bâtons de cannelle. Laissez cuire à feu doux sans faire bouillir. Sucrez éventuellement avec du miel.

Vin antifatigue

Prendre 75 cl de vin blanc bio et laissez macérer 20 grammes d’écorces de frêne ou de bouleau pendant 15 jours. Ce vin sera gardé au frais et pris en apéritif lors d’une grosse fatigue.

En bonus, je laisse la recette de l’élixir suédois pour les plus apprentis courageux, cette dernière nécessitant pas mal d’ingrédients:

L’élixir suédois est un  remède de phytothérapie établi par le Docteur Samst au 17 ième siècle. L’élixir a ensuite été repris par une célèbre herboriste Maria Treben au 20 ième siècle qui soignait nombre d’affections avec cet élixir en interne comme en externe (par des compresses par exemple).  Il est utilisé comme dépuratif, stimulant digestif, tonique, mais aussi pour renforcer les défenses immunitaires et contre de nombreuses affections.

La recette du livre de Maria Treben est la suivante :

  • 10 g. de poudre d’aloès, (Maria Treben écrit que cette poudre peut être remplacée par de la poudre d’absinthe)
  • 5 g. de myrrhe,
  • 0,2 g. de safran,
  • 10 g. de feuilles de séné,
  • 10 g. de camphre, (Maria Trében précise qu’il doit être naturel et uniquement d’origine chinoise),
  • 10 g. de racines de rhubarbe,
  • 10 g. de racines de zédoaire,
  • 10 g. de manna (fruit du frêne ou manne),
  • 10 g. de thériaque vénitienne,
  • 5 g. de racines de carlinae (carline),
  • 10 g. de racines d’angélique.
  • 1,5 litre d’alcool à 35° d’eau de vie de grain ou d’alcool à 38 – 40° ou de bon alcool de fruits.

Laissez macérer 14 jours dans un endroit chaud, au soleil ou près d’un radiateur.

Transvasez dans de petites bouteilles opaque. L’élixir se bonifie avec le temps.

Deux avertissements dont je dois vous faire part :

  • l’abus d’alcool est dangereux pour la santé à consommer avec modération.
  • les liqueurs dont il est question dans mon article ne constituent pas un traitement médical ou un médicament. En cas de problème de santé ou de pathologie, consultez impérativement votre médecin.
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